Outre la dernière lettre trimestrielle en date, vous trouverez également sur cette page les archives des lettres passées, téléchargeables au format pdf (Acrobat), les derniers rapports de visite de notre directeur et les rapports d'évaluation externe. 

LETTRE AUX AMIS DE SOEUR EMMANUELLE

n° 163 - Pâques 2026

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« Quel que soit le continent, le désir le plus impérieux d'un pauvre, son besoin essentiel, c'est d'être respecté. Nous touchons ici la condition sine qua non de toute action humanitaire : témoigner à tout être humain un égal respect. » (Sœur Emmanuelle)

Chères Amies, chers Amis,

Jean Claude François, le coordinateur des programmes que nous soutenons en Haïti est revenu à Genève mi-février après avoir passé deux mois sur place. Voici son rapport :

« Quatre grandes villes sont gérées par les gangs, qui jouent les rôles de police, de justice et du fisc. Les récalcitrants se font abattre ! 
Des chauffeurs de mototaxis sont en fait de véritables experts en enlèvement d’organes : on retrouve les cadavres de leurs clients le lendemain dans des champs éloignés, parfois dévorés par des chiens affamés.

Début février, le Conseil Présidentiel nommé en 2024 a quitté le pouvoir sous la pression populaire et celle des Etats-Unis, qui ont envoyé trois bateaux de guerre dans la rade de Port-au-Prince (pour protéger leurs intérêts dans le pays en cas de guerre civile et de fuite massive des réfugiés haïtiens chez eux).

Les citoyens qui le peuvent ont quitté le pays.

Les agriculteurs limitent leur production à leur subsistance car les bandits viennent souvent se servir dans leurs récoltes. 80 % des produits alimentaires sont importés (Etats-Unis et République Dominicaine).

Le prix du carburant a triplé en un an. Un sac de ciment se vend 4 fois plus cher qu’il y a deux ans.

Les jeunes démunis et désœuvrés courent chaque jour le risque d’être incorporés de force dans un réseau mafieux : 70 % des membres des 26 gangs les plus puissants du pays ont moins de 20 ans.

Malgré ce contexte épouvantable, nos programmes à Hinche n’ont subi aucun dommage et notre personnel garde le moral.

Enlight3576Créée à Hinche en 2010, l’université Jean Price-Mars a formé trois promotions d’étudiants : à ce jour, en sont sortis 255 diplômé(e)s, dans des domaines aussi variés que la gestion d’entreprise, la comptabilité, l’agronomie, le génie civil, la théologie et les sciences infirmières. Les diplômé(e)s ont tous trouvé du travail, soit dans le pays, soit à l’étranger.  
53 infirmières formées par notre université (sur plusieurs années) ont réussi les examens nationaux 2025 du ministère de la Santé publique (taux de réussite : 78 %). (Photo Infirmières diplômées, cérémonie de remise des diplômes, janvier 2026

En janvier, nous avons ouvert une école de médecine, en réponse à la demande d’une trentaine de jeunes venant des villes envahies par les gangs, dont les écoles sont fermées.               (Photo : Une classe de la nouvelle école de médecine de l’Université Jean Price Mars)
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L’université compte actuellement 360 étudiants pour un personnel de 37 professeurs et 9 employés.
Deux bus scolaires de 72 places assises chacun ont été importés des Etats-Unis pour le transport des étudiants qui devaient marcher plus d’une heure depuis le centre-ville jusqu’à l’université.

L’école Bethesda compte 200 enfants (issus de la rue) en primaire et 350 en secondaire.
Outre un enseignement gratuit, ils reçoivent un repas chaud par jour grâce à la générosité de l’ONG Food for the Poor.
Les résultats des examens du Cycle d’orientation de l’année 2025 affichent un taux de réussite de 92%.

Les 22 dispensaires en fonction ont fourni 8 755 consultations en 2025 avec un effectif de 44 employés, malgré les difficultés rencontrées par ces derniers pour aller travailler dans les dispensaires qui sont en milieu rural. Chaque trimestre le personnel médical reçoit une demi-journée de formation.
Construit de 1997 à 2000, notre modeste parc immobilier sanitaire avait besoin de maintenance : 10 dispensaires ont été réparés en 2025, 11 autres le seront cette année.
Le coût d’un traitement est en moyenne de 0,70 CHF, ce grâce à la production de médicaments à base de plantes médicinales produits par le laboratoire et distribués gratuitement.

Le laboratoire Phyto-Cosmos fonctionne avec quatre employés dont un spécialiste.
Notre pharmacopée contient plusieurs dizaines de variétés de plantes médicinales, en forêt et en plantation. La demande de nos auxiliaires s’est élevée à 333 litres de médicaments pour 2 464 traitements en 2025. D’autres organismes passent aussi des commandes auprès du laboratoire.
Ces médicaments soulagent beaucoup de personnes dans les villes comme à la campagne, car le coût des médicaments importés est extrêmement élevé. En outre, on observe une certaine rareté des médicaments conventionnels sur le marché : l’augmentation de la taxe douanière a freiné les importations.

Notre ferme de 25 ha est un centre de production et de formation des jeunes. Elle n’a pas été très fréquentée en 2025, en raison de l’insécurité sur les routes. Il est impossible d’acheminer nos mangues (15 000 arbres) à Port-au-Prince pour la vente à cause des bandits qui volent les marchandises et même les camions sur les routes. Il en est de même de la canne à sucre (16 ha). Pour éviter le pourrissement des fruits sur place, nous invitons les habitants de la zone à venir se servir gratuitement.
La ferme dispose de 12 employés qui s’occupent des 25 vaches, des 12 ruches et des 6 ha de plantes médicinales. Nous avons perdu plusieurs ruches à cause de la présence des frelons asiatiques dans le pays. La récolte de miel a quand même été de 19 litres.

Le puits foré en 2025 fournit de l’eau potable à l’université et à l’hôtel. Son débit est de 114l/minute. »

Nous remercions l’infatigable Jean Claude pour son engagement exceptionnel, et sommes impressionnés par ce qu’arrivent à réaliser les équipes locales dans ce contexte chaotique.

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Vos dons et votre soutien sont chaleureusement appréciés !

Joyeuses Pâques !

Patrick Bittar
Directeur